04 juin 2006
mon Top 20 à moi
20 – Printemps, été, automne, hiver…et printemps de Kim Ki-Duk - Corée du Sud/2003
Avec ce film on touche à la poésie sublime. Kim Ki-Duk est un génie sachant toucher chacun au plus profond de soi. En racontant l’un vie d’un être à travers cinq saisons (une saison par étape de la vie), il donne à son film une portée universelle d’une prouesse absolue. Ici, nous ne parlons pas d’histoire en tant que telle, mais d’initiation. J’ai souvent différencié ce que j’appelle le « cinéma de but » et le « cinéma de sentiment ». En gros deux écoles : l’une qui privilégie l’histoire (et si les personnages sont développés, ils le sont pour servir l’histoire), et l’autre qui privilégie les personnages (et l’histoire ne sert « que » à nous faire mieux comprendre les personnages), nous ramenant à Molière (« il n’y a qu’une seule psychologie qui compte, celle du spectateur ») / Rousseau (« il n’y a qu’une seule chose qui intéresse l’homme, c’est l’homme), mais on dévie du sujet.
Kim Ki-Duk prend son temps pour montrer son histoire, et jamais l’ennuie ne guette, le film étant d’une intensité rare (la fin peut selon moi, et tant pis si vous n’êtes pas d’accord, rivaliser avec les meilleurs scènes de Leone, tant elle nous prend aux tripes). On sort du film changé, car c’est aussi une ode au respect (et pas à la tolérance, on ne « tolère » pas la nature, c’est elle qui nous tolère).
19 –Les indestructibles de Brad Bird – U.S.A./2003
Les Indestructibles n’est pas pour qu’un « simple » film rigolo pour enfants. Certes il l’est, c’est indéniable, mais il est aussi un conte moderne sur la recherche de soi et un film d’action d’une efficacité à toute épreuve (non, ce jeu de mot n’est pas volontaire). A travers cette famille aux super-pouvoirs qu’ils sont obligés de cacher, on nous montre des gens formatés par une société qui prône l’uniformité.
Tout le génie de Brad Bird a été de faire une critique de la société moderne sans en avoir l’air, en utilisant comme héros des super-héros (oui ça fait deux fois « héros » mais zut). Pour autant, le film n’oublie pas d’être un énorme film d’action. La synthèse permet tout, et ça, Brad Bird l’a bien compris, sans pour autant nous faire des plans trop impossible qui enlèveraient toute crédibilité (cf l’immonde Pôle Express). Le découpage technique est à coup sûr une véritable preuve de savoir-faire, et on ne compte plus les scènes super-efficaces (oui c’est un jeu de mot foireux, et alors ?), dont la meilleure : l’attaque de l’avion par les missiles (je pourrais me la repasser en boucle ad vidam eternam).
Pour la première fois, Pixar fait un film plus sérieux qu’à l’ordinaire, et grand bien leur en a pris, Les indestructibles étant simplement ce qui est arrivé de mieux à l’animation depuis un sacré bout de temps.
18- Chungking express de Wong Kar-Wai – Hong Kong/1994
Je ne reviendrai pas sur cinéma de but/cinéma de sentiment, mais ici c’est clairement du cinéma de sentiments pur et dur. Avec ce film, Wong Kar Wai nous rappelle clairement que même si l’on le cache ou qu’on le fuit, l’amour est partout.
Difficile de parler d’un tel film. Je dirais juste que Tony Leung est juste génial (comme d’habitude), Faye Wang totalement irrésistible, et puis surtout…
All the leaves are brown
and the sky is grey
I've been for a walk
on a winter's day
I'd be safe and warm
if I was in L.A.
California dreamin'
(California dreamin'
on such a winter's day)
Stopped into a church
I passed along the way
Well, I got down on my knees
(got down on my knees)
and I pretend to pray
(I pretend to pray)
You know the preacher likes the cold
(preacher likes the cold)
He knows I'm gonna stay
(knows I'm gonna stay)
California dreamin'
(California dreamin'
on such a winter's day)
(Solo de Guitarra)
All the leaves are brown
(all the leaves are brown)
and the sky is grey
(and the sky is grey)
I've been for a walk
(I've been for a walk)
on a winter's day
(on a winter's day)
I'd be safe and warm
(I'd be safe and warm)
if I was in L.A.
(if I was in L.A.)
California dreamin'
(California dreamin'
on such a winter's day)
California dreamin'...
Tout est dit.
17- Memories of murder de Joon-ho Bong – Corée du sud/2003
Personne ne l’attendait, et ce fut une jolie claque que la Corée du sud nous assenât avec ce film mélangeant allègrement les genres, passant de l’horreur à la comédie en passant par le drame et bien évidemment le policier. Joon-ho Bong fait preuve avec ce film d’une maîtrise parfaite de ce sujet. Les cadrages, les mouvements de caméra, le rythme, le montage, la musique et surtout la fin, tout est parfait dans ce film, surtout qu’il a la bonne idée de coller à la réalité, non pas des faits, mais des méthodes policières de l’époque (totalement archaïques). Le film compte beaucoup sur ses acteurs, Song Kang-Ho et Kim Sang-kyung sont juste formidables.
Assurément un film qui restera comme une référence.
16- Ouvre les yeux d’Alejandro Amenabar – Espagne/1998
Je ne ferais pas l’affront à ce chef d’œuvre de le comparer avec son infâme remake américain (en même temps à part les américains, y a bien que les indiens pour remaker à tour de bras).
Ouvre les yeux est une réflexion sur ce que nous sommes dans ce monde. Est-ce que notre statut social ou notre beauté nous donne le droit d’être un salaud ? Que sommes-nous une fois nos apparences détruites ? Pouvons-nous maîtriser notre vie ou bien n’est-ce qu’une illusion ? Toutes ces questions sont traitées intelligemment dans ce film. Alejandro Amenabar nous plonge doucement et subtilement dans une autre univers, pour finir en beauté avec une fin d’une intensité magnifique. Le titre, Ouvre les yeux, semble nous être adressé : cessons de vivre dans un univers de paillettes totalement faux, et revenons à la vie réelle, et rien que pour ça, ce film mérite sa place ici.
15- French Connection de William Friedkin – U.S.A./1971
Tout a déjà été dit sur ce film ou Presque : un polar rugueux et réaliste qui nous fait presque sentir la crasse de la vie de tous les jours d’un policier, une histoire violente et sombre à souhait, une poursuite en voiture sans aucun artifices (ni même musique) qui écrase à elle seule tout ce qui a été fait récemment, des personnages qui sortent de l’ordinaire (Popeye est un raciste violent), et une réalisation au couteau. Inutile de s’attarder dessus, tout le monde connaît.
14- L’impossible Monsieur Bébé de Howard Hawks – U.S.A./1938
Howard Hawks n’est pas que le réalisateur de La rivière rouge et Rio Bravo, c’est aussi le réalisateur de cette cultissime comédie, bide honteux lors de sa sortie malgré la présence de deux énormes stars devant la caméra : le génial Cary Grant et l’excellente Katharine Hepburn. Finalement le bide est logique : Howard Hawks avait simplement un peu trop d’avance sur son temps.
Evidemment une telle comédie demande un tant soit peu de bonne volonté par son spectateur, on adhère ou pas. Mais si on adhère, c’est le pied assuré. Le duo d’acteur s’amuse à se chamailler avec délice, et on se demande si au bout du compte le film existe, tant le niveau d’hilarité atteint son paroxysme. Mais le meilleur arrive avec la panthère, tournant autour des acteurs, les touchant, donnant à la comédie une autre dimension, encore plus forte. Ici point de trucages et d’images de synthèses, et c’est pas aujourd’hui qu’on verrait ça (la preuve récemment avec Deux frères de J-J Annaud). Une comédie monstrueusement culte, exquise et délicieuse comme on n’en fera, malheureusement, jamais plus.
13- Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock – U.S.A./1954
Difficile de choisir entre tous les Hitchcock, surtout avec Vertigo (le combat fut acharné) mais Fenêtre sur cour l’emporte. Tout dans ce film est absolument génial. Utilisation judicieuse du décor (toute la cour d'immeuble, l'arrière plan, le ciel, le bar, enfin bref tout est un immense décor), interprétation ENOOOOOOORME des comédiens James Stewart en tête. Partant sur un concept simple, un homme suspecte son voisin d'avoir tué sa femme, et posant moult questions dont celle de la vie privé et du voyeurisme. Comme d'habitude, la mise en scène de Hitchcock est tout simplement géniale. Tout le film se passe depuis le salon de James Stewart (incapable de bouger à cause de sa jambe cassée) et c'est magistral. Le suspens est (je sait ça fait classique mais que voulez-vous c'est un classique) insoutenable. ça n'est pas pour rien que Alfred Hitchcock est surnommé le maître du suspense quand même ! Le final est inattendu, on ne s'ennuie jamais, on est à fond dedans, du grand cinéma !
12- Magnolia de Paul Thomas Anderson – U.S.A./1999
Magnolia est un film qui enlève les couches d’apparences de notre société pour creuser en dessous. En prenant des destins de gens apparemment très bien et sûr d’eux, il nous fait peu à peu comprendre chaque personnage de son film. Que ça soit des gens apparemment très bien mais cachant certaines maladresses (le policier) ou des gens apparemment « pas très bien » cachant leurs qualités (la droguée).
Magnolia est un film d’une poésie rare et d’une rare intensité (ok ça fait deux fois « rare », mais une fois il derrière, l’autre fois il est devant, nah). Evidemment sur un film de trois heures il est difficile de ne pas éviter les lenteurs, mais le plus important est que l’on oublie tout ça une fois le film vu, et que seuls les personnages et les scènes restent.
La réalisation est d’une grande classe (P.T.A. sait décidément très bien découper ses films) et le casting (composé d’habitués de P.T.A. et d’autres) parfait (Tom Cruise jouant même sur son image de grand manitou). Un grand film !
11- Du silence et des ombres de Robert Mulligan – U.S.A./1962
Les films traitant du sort des noirs et de leur intégration dans la société américaine se comptent sur les doigts des manifestants lors des projets de réforme de l’éducation (= beaucoup au cas où vous n’auriez pas compris). Ce qui distingue Du silence et des ombres, c’est que plutôt que de nous montrer l’avocat parler longuement avec l’accusé (noir of course), il commence longuement (en gros la première moitié du film) par présenter la famille, le contexte, les personnages, et ce, entièrement du point de vue des enfants. En introduisant ce film comme « L’histoire d’Atticus Finch, un avocat qui défend un noir injustement accusé de viol », le spectateur est faussé. Car le procès en lui-même ne prend qu’une petite partie du film (une demie-heure à tout casser sur plus de deux heures). La bonne idée du film aura été de refuser les clichés, les personnages sont ambiguës (d’abord présentés comme gentil puis comme « méchant », ou l’inverse) et la fin totalement inattendue. Du silence et des ombres est un film qui inspire au respect, un vrai respect, pur, noble. Et en ça, sa place ici est toute trouvée.
A noter enfin que dans le fond comme dans la forme, ce film ressemble beaucoup à du Spielberg.
10- Sympathy for Mr. Vengeance de Park Chan-wook – Corée du Sud/2002
Il y a de ces films qui peuvent vous marquer à vie à l'image de Massacre à la tronçonneuse ou de The thing. Sympathy for Mister Vengeance est de ceux-là. Bien que visuellement très violent, l'histoire de Sympathy for Mister vengeance ne repose absolument pas sur l'action. D'ailleurs, impossible de parler d'action. Ici les plans sont fixe, calme, et la musique très peu présente. Pas question de grande scène d'action énorme magistrale, passez votre chemin si c'est ce que vous croyez trouver. Ici l'horreur est à la fois visuelle et morale. Visuelle bon ben je vais pas vous faire un dessin hein ! Et morale à cause de ces personnages auxquels on s'attache tous et qui pourtant doivent s'entretuer. Film violent, choquant, marquant. Avant de voir ce film je ne croyait pas une telle violence possible, et pourtant...
Sympathy for Mister Vengeance avance pas à pas, nous dévoile ses personnages, nous montre une intrigue, montage simple, avant de changer au milieu du film. Point de vue du père, de Ryu, de sa petite amie et même de la police. Plans choques, scènes insupportables, surprises morbides, scènes poignantes, comme Ryu serrant une dernière fois la main de sa petite amie dans l'ascenceur, au mépris de sa propre sécurité.
Sanglant, violent, triste, émouvant, Sympathy for Mister Vengeance est tout simplement hallucinant.
9- Un cadeau pour le patron de Stanley Donen – U.S.A./1959
Stanley Donen, grand spécialiste du divertissement de grande qualité, touche à tout (du film d’espionnage à la comédie musicale), a livré avec ce film son chef d’œuvre (et tant pis si vous êtes pas d’accord). La grande force du film est de mélanger l’absurde (l’île minuscule sur laquelle se retrouve coincé Yul Brynner, le pays imaginaire d’où vient le spectre), l’humour et le sérieux. En faisant cela, il créé une véritable tension d’un côté, creuse ses personnages, et de l’autre nous fait rire aux éclats. Stanley Donen oblige, les scènes de poursuites (si si, il y en a !) sont d’une efficacité redoutables (et font preuve d’un savoir-faire de la mise en scène indéniable). Le temps passe vite, très vite, et l’on aimerait que le film ne finisse jamais. Hélas, ça n’est pas le cas, et c’est le cœur bien triste que l’on arrête le film. Hélas, trois fois hélas…
Enfin bref : une référence !
8- Manhunter – le sixième sens de Michael Mann – U.S.A./1986
Manhunter est, disons-le franchement, la quintessence même du film policier-de-serial-killer-classe-romantique (rien que ça). Esthétiquement et narrativement, le film se rapproche beaucoup de Heat : importance du temps qui passe et des nuits qui se succèdent, héros qui met sa famille en danger, musique électronique enivrante, même travail sur la bande son et même précision chirurgicale de la mise en scène. Michael Cimino disait (et il n’est sans doute pas le seul) que ce qui rendait un film immortel, ça n’était pas son sujet mais ses personnages. Michael Mann l’a compris aussi (c’est une constante dans ses films que d’avoir des personnages fouillés) et introduit la vie privée de son héros comme un élément essentiel du film, avec notamment sa femme, dont les scènes sont les seules où le héros n’a plus rien à cacher, où il se livre. Les plans sont évidemment d’une beauté à couper le souffle.
Bref : un chef d’œuvre.
7- Moulin rouge de Baz Luhrmann – U.S.A./2001
Moulin Rouge est avant tout un hymne à l'amour.
Mené tambour battant par un Baz Luhrmann visiblement très excité (et très en forme) et porté par des comédiens magnifiques (Ewan Mc Gregor et Nicole Kidman oblige), Moulin Rouge est un film magnifique, beau, prenant, "trippant" comme diraient certains, mais je ne le dirais pas. Ah zut ! trop tard ! Tant pis je le laisse.
On commence, une fois n'est pas coutume, par la fin, triste, couleurs désaturés, gens faisant la grise mine, et Ewan Mc Gregor bien barbu, avant de revenir au début, tranchant par son euphorisme, sa joyeuseté et son loufoque. Et c'est là que le grand talent de Baz Luhrmann intervient. On se souvient tous du début frénétique de Roméo et Juliette, eh bien ici c'est pareil, mais en mieux. On va de situations loufoques en situations improbables. Baz Luhrmann nous met dans le bain dès le début, nous offre trois scènes plus qu'euphorique (répétition, le bal, l'éléphant) avant de calmer le jeu et de développer l'histoire d'amour avec tout le calme et la réflexion imposée.
On pourra parler des costumes, sublimes, des décors, magnifiques, de ses scènes toutes plus prenantes les une que les autres, de la réalisation si particulière, du montage frénétique ou encore du mélange étrangement digeste de la musique (David Bowie, Nirvana, Elton John, Madonna,...) mais ça ne serait que futilité. Moulin Rouge nous entraîne dans un monde rêveur, magnifique, poétique, où l'amour est roi, que rêver de mieux ?
6- Time and tide de Tsui Hark – Chine/2000
Beaucoup décrié à sa sortie, tout le monde se mettait néanmoins d’accord sur un point : la réalisation du film est « juste » exceptionnelle, la maîtrise et l’aisance naturelle insolente avec laquelle Tsui Hark filme ses combats avec une maestria nous clouant au sol. Le point sur lequel le public est beaucoup plus partagé, c’est le scénario. Il est vrai qu’il peut paraître confus, d’autant plus que l’attention du spectateur est constamment perturbée par les multiples effets de mise en scène (on n’a jamais le temps de faire le point sur l’histoire), mais au final c’est cette confusion qui rend le film si exceptionnel, et le final si beau. Déroutant, voilà le mot qui pourrait qualifier ce chef d’œuvre.
5- A.I. : intelligence artificielle de Steven Spielberg – U.S.A./2001
A.I. apparaît pour moi comme le plus beau, le plus triste et le plus poignant des films de Spielberg, un film où l’émotion éclate littéralement pour nous entourer, nous prenant totalement au dépourvu. Chef d’œuvre de poésie pessimiste, nous prenant à la gorge, nous mettant face à ce que l’homme est capable de faire.
A travers David [le robot enfant], c’est le besoin des êtres humains de « croire » en quelque chose pour pouvoir en profiter (au hasard : croire à des personnages d’un film pour pouvoir en profiter), peu importe les conséquences. Avec un sujet délivré de toutes contraintes historiques (comme La liste de Schindler pouvait en être bourré par exemple), Spielberg se lance à fond dans son sujet, et grand bien lui en a pris. Rarement un film n’aura été aussi touchant, aussi beau, aussi triste. Comme toujours chez Spielberg, les seconds rôles sont excellents et les FX soigneusement utilisés (on y croit vraiment). La musique est sublime, moi qui suis habituellement le dernier à aimer John Williams, j’ai succombé, le temps du film du moins, à la poésie enivrante de sa musique.
Tout simplement magnifique.
4- La cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro - France/1994
Jean-Pierre Jeunet allié à Marc Caro ça donne ça, un conte horrifique où tout s’équilibre, où la beauté et la tendresse de l’histoire d’amour n’ont d’égal que la noirceur du scénario. Les films de Jeunet sont souvent fait de petits trucs qui au finals composent un tout. On aime ou on n’aime pas (certains diront que un truc + un truc + un truc n’ont jamais donnés un film) mais moi j’accroche. La cité des enfants perdus c’est également un casting impressionant (de mémoire de cinéphiles je n’ai jamais vu de film français avec un casting pareil, sauf peut-être Un long dimanche de fiançaille), une musique sublime, des décors envoûtants, et puis une intro (roooh…cette intro…) et puis une fin (rooooh…cette fin…) qui font que l’on obtient au final une sorte de chef d’œuvre.
3- Leon de Luc Besson – France/U.S.A./1993
Difficile pour moi de parler objectivement de Léon étant donné qu’il constitue à mes yeux le film ultime qu’on choisirait si on ne devait emporter qu’un film sur une île déserte peuplée par de seuls babouins. Mais tant pis, je vais quand même essayer. Avant de devenir le producteur que l’on connaît, Luc Besson était un réalisateur fantastique, enchaînant les films avec une maestria impressionnante et nous donnant des personnages inoubliables comme Leeloo, Nikita et bien entendue Léon. Les films de Besson c’était ça, des personnages, des gueules, des personnalités bien marqués. Ici Gary Oldman en flic ripoux-drogué-mélomane (beaucoup pour un seul homme), il nous donne d’ailleurs l’un de ses plus beaux rôle. Jean Reno nous offre aussi le rôle de sa vie (ouah deux rôle de leur vie pour un seul film, belle performance), formidable en tueur attachant, si doux, si calme, et si violent. Sans oublier bien sûr Mathilda, premier rôle de Natalie Portman (!) qui s’en sort comme une chef (pour info elle est doublée dans la VF par une certaine Ludivine Sagnier).
Le film démarre lentement, un long plan aérien sur Manhattan sur fond de la musique d’Eric Sera (compositeur bien trop rare malheureusement). S’en suit la présentation de Léon, tueur impitoyable, présenté tel un fantôme (son premier contrat est hallucinant). Puis c’est le Léon un peu plus humain qui nous est présenté, s’occupant de sa plante verte, buvant ses verres de lait, faisant ses exercices et regardant de vieilles comédies musicales (Beau fixe sur New-York de Stanley Donen). Tous les jours ou presque il croise Mathilda, fille dont la vie est un enfer, entre sa connasse de belle-sœur, sa p*te de belle-mère, son dealer de père, ne lui reste que son petit frère. La suite on la connaît.
Le film fait preuve d’une maîtrise impressionnante de son sujet, Luc Besson nous sert des plans millimétrés, pesés, calculés au centimètre près, et fait preuve d’un sens du montage qui ne peut qu’inspirer le respect. Véritable ballet par moment (la scène de la mise en place de la bande à Norman dans le couloir, magnifique). Le film est magnifique, beau, puissant, touchant, on s’émerveille de voir ce tueur si impitoyable si gentil, si maladroit, si enfantin en fait.
Le film enchaîne les séquences d’anthologie, en fait, le film est une séquence d’anthologie, dire que le final est mieux que le début n’aurais pas de sens tant le tout forme un bloc cohérent. Dans certains films, l’histoire, le scénario, est fait pour amener dans UNE scène, UNE séquence, une tension accumulée durant tout le film se déversant alors dans une séquence finale qui décoiffe et qui restera probablement à jamais dans les annales du cinéma. Ici rien de tout ça. Le film est égal tout le long, et ici l’intérêt n’est pas dans une enquête, une quête ou autre, mais bien dans les personnages. Le scénario fait preuve d’une fluidité étonnante, frisant la perfection d’ailleurs (bien qu’en art la perfection n’existe pas).
Que ce soit l’histoire, les acteurs, la musique, la réalisation, le montage, Léon est tout simplement une pure merveille.
2- Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone – Italie/1966
Tout le monde connaît ce chef d’œuvre éternel de Sergio Leone qui se retrouve, et à raison, dans bon nombres de top 20 (ou lui ou Il était une fois dans l’Ouest). Ça n’est pas pour rien quand même, tant Le bon, la brute et le truand atteint une perfection filmique incroyable. Le plus énervant avec de tels chefs d’œuvres, c’est qu’on ne sait jamais par où commencer, ni par où finir. On pourrait parler de la musique éternelle d’Ennio Morriconne, des scènes anthologiques qui se succèdent, de LA meilleure scène de duel (ou plutôt « triel ») de tous les temps, de la galerie impressionnante de personnages tous plus typés et intéressants les un que les autres. Difficile de parler de ce film, tout le monde l’a vu, je m’arrêterais donc là.
1- Thelma et Louise de Ridley Scott – U.S.A./1991
Premier film de Ridley Scott que j’ai vu, ce film fut un véritable choc pour moi. Commençant comme une comédie sympathique avec un semblant de social (le mari de Geena Davis, gros beauf autoritaire), ça se transforme en drame, puis en road-movie. Thelma et Louise, c’est un peu le film ultime : réalisation parfaite (pas étonnant pour un Ridley Scott), casting parfait, scénario qui navigue entre plusieurs genres tout en les maîtrisant parfaitement, mélange subtil d’humour et de drame sur fond de film engagé (il est tout de même question de la libération des sexes), sans oublier la fin d’une intensité rare. Les images de la photo de Thelma et Louise s’envolant et de Harvey Keitel courant désespérément derrière leur voiture me resteront gravés à jamais.

