prestigeChristopher Nolan est décidément un petit plaisantin qui n'aime rien tant que jouer sur les apparences pour manipuler son spectateur. Mais loin de n'être qu'un simple « outil à suspense » pour laisser le spectateur sur son séant, Nolan exploite ces thèmes comme un vrai auteur, il les aborde, les décrit, les ausculte et les manipule (tiens tiens) dans tous les sens pour en tirer le maximum. Dans sa filmographie (ne contenant aucun mauvais film, c'est assez rare pour être signalé) Nolan a abordé ces thèmes à chaque fois sous diverses coutures. Dans The following – le suiveur il s'agissait bien sûr de la manipulation (c'est d'ailleurs ce dernier qui est le plus proche du Prestige), Memento, exercice de style roublard jouait avec l'absence de mémoire à court terme de son héros et où la vérité  se dessinait progressivement devant les yeux du spectateur, Insomnia abordait les apparences (d'une manière assez discrète néanmoins, Nolan s'étant plus concentré sur ses personnages pour le coup) et Batman Begins, où là la manipulation et les apparences sont le coeur même des moyens d'actions du héros masqué.
    Avec The Prestige, Nolan aborde son sujet à fond via cette histoire de deux magiciens s'affrontant dans l'Angleterre (et un bout en Amérique) fin XVIIIe et début XIXe. Petit rappel (présent dans le film d'ailleurs), un sorcier est quelqu'un qui fait de la magie, un magicien est quelqu'un qui prétend faire ce que fait le sorcier. Tout ici n'est donc que manipulation (du spectateur en même temps que des personnages) et d'apparences (c'est de la magie quand même) entre ces deux magiciens (incarnés à la perfection par Christian Bale et Hugh Jackman) qui ne vont cesser de se battre dans l'intention de devenir le meilleur magicien de Londres.
    Ce qui est agaçant avec Christopher Nolan c'est la vitesse et la facilité avec laquelle il jongle avec la narration. Parce-que fait incroyable, tout ici est simplement parfait. Pas bon, ni même très bon voire excellent, mais parfait ! La narration par exemple. Bien évidemment totalement non linéaire (ça commence par la presque fin, puis on a le début et le tout s'en suit de va-et-vient incessant entre passé et présent (on se demande souvent d'ailleurs « quel présent ? »). Mais loin de constituer un point faible du film qui créerait une confusion pas possible dans l'esprit du spectateur et étoufferait dans l'oeuf toute tentative de faire exister un suspense et des personnages (voir Mémoires de nos pères pour le ratage complet à ce niveau), tout cela fait preuve d'une grande fluidité et jamais on (enfin « je ») n'éprouve le moindre ennui ou même interrogation.
    Là pour le coup, The Prestige n'est pas un film qui fait réfléchir (en tout pas pendant le film), tout ici est indiqué, marqué, le spectateur est guidé pas à pas dans son raisonnement et assiste au grand déroulement de l'histoire. Chez certains ça pourrait être un défaut, mais ici c'est tellement bien fait que ça devient un avantage, et ce pour une raison très simple : on (enfin « je ») ne s'ennuie jamais. Mais quand je dis « jamais », ça veut bien dire « jamais » (alors que si je dis que je ne me suis pas ennuyé devant « Ne le dis à personne », ça aura pas du tout la même valeur), et pourtant le film dépasse les 2h. Tout ici est incroyablement dense, le cheminement de l'intrigue et les indices dévoilés progressivement gardent un suspense constant.
    Mais un tel dispositif serait un peu vain s'il ne servait qu'à faire passer un bon moment aux spectateurs. Que faut-il donc pour que le film existe par lui-même ? Des personnages. Et ils ne sont pas laissés pour compte, loin de là même puisque tous leurs rapports et développement sont totalement imbriqués dans l'intrigue. J'ai déjà dis que Christian Bale et Hugh Jackman (les acteurs qui montent, qui montent...) étaient parfait, mais le film compte en outre un bien joli casting puisqu'il compte aussi Michael Caine (déjà présent dans Batman Begins), Scarlett Johansson (mignonne tout plein), Andy Serkis et un autre acteur « surprise » dont le rôle est loin de se limiter à un clin d'oeil (vous verrez de qui je parle en voyant le film).
    Pour le reste tout est aussi parfait. Les décors, la musique, la photo, les FX, les costumes, on est clairement devant un film soigné qui ne fait pas dans l'esbrouffe. Un petit mot encore sur la réalisation de Christopher Nolan, équilibre parfaite entre une classe de l'économie d'effets, un style (très) légèrement documentaire (la caméra bouge tout le temps très légèrement, et c'est loin d'être inutile et/ou gratuit) et une volonté d'éviter la banalité. En un mot comme en cent : parfait !