pathfinder    Après avoir surpris tout le monde avec le remake de Massacre à la tronçonneuse en 2003, Marcus Niespel vient nous livrer – toujours dans le sang et la fureur – son deuxième film (pour le cinéma), Pathfinder, soit l’histoire américaine revisitée, récit du « voyage intérieur » d’un viking oublié en Amérique et élevé par des indiens.
    Promettant moult combats riches en hémoglobines, Pathfinder ne lésine jamais sur la violence. Grand nombre de combats, sauvagerie gratuite, multiplicité des idées goresques, Marcus Nispel ne déçoit personne à ce niveau-là…et seulement à ce niveau-là.
    Car Pathfinder n’est pas la grande fresque épique que l’on nous annonçait, pas plus qu’il n’est un petit film honnête, et encore moins la méga-bouse descendue en flèche lors des projections-tests aux US. Non, Pathfinder est simplement un film incroyablement maladroit, pêchant par excès de tous les côtés et souffrant de sa stylisation à l’extrême, notamment au niveau de la lisibilité.
    Tel est d’ailleurs le gros problème de ce film, car à force de faire des belles images, toute l’équipe du film oublie de raconter leur histoire et de filmer correctement les nombreux combats qui parsèment le film. Prenons les décors par exemple. Ils sont beau, bien foutus, bien éclairés, bien étalonnés…mais on ne sait tout simplement pas où ils se trouvent. Si je dis qu’ils se ressemblent tous je serais de mauvaise foi (y a quand même de la diversité) mais disons qu’ils ne permettent jamais de localiser précisément où est qui par rapport à qui. Cette confusion est renforcée par la mise en scène chaotique du sieur Nispel qui ne joue jamais sur l’espace, ce qui, avouons-le, est quand même gênant pour un film essentiellement basé sur la traque. Evidemment cette absence de jeu sur l’espace affecte considérablement l’impact dramatique des séquences. Aucune tension, aucune peur, on reste là à attendre passivement qu’une brusque entrée de champs (appuyée par un effet sonore bien lourd) nous fasse sursauter en nous montrant que « oh en fait les vikings ils sont tout près » (« sauf que parfois en fait ils sont tout loin », pas évident après ça de comprendre la position géographique des personnages).
    Cet absence de jeu sur l’espace se retrouve à l’intérieur d’un même espace. Nispel a dû se dire que le montage rattraperait tout et s’est donc éclaté à faire des plans esthétiques et à filmer sa jolie production design somme toute réussie. Problèmes : d’une part la photo a le même problème que le reste, c’est-à-dire c’est joli (« oh les noirs profonds ») mais bordel on comprend rien à l’image ! Et d’autre part, le monteur a fait un massacre pas possible, s’éclatant pour détruire tout sens de mise en scène, assommant le pauvre spectateur que je suis. Pas étonnant de retrouver derrière ce massacre un certains Glen Scantlebury, responsable de films tels que Les Ailes de l’enfer, Armageddon, ou encore le premier Tomb Raider (espérons quand même que le boulot qu’il fournira sur Transformer sera un cran au dessus).
    Bref, difficile de pouvoir profiter de séquences incompréhensibles, d’autant que le tout est loin d’être honteux. Il semblerait juste que dépassé par son projet, Marcus Nispel s’est affolé et a tenté d’insuffler toujours plus de barbarie à des séquences qui n’en demandaient pas tant, accentuant à l’excès des effets de mise en scène pas toujours bienvenue et passant ainsi à côté du grand film que Pathfinder aurait pu être. Gageons que le suivant sera meilleur.