Miami Vice s'annonçait comme l'un des films les plus excitant de l'été, comme un pur rêve de cinéphile où l'un des meilleurs réalisateurs américains actuels (vous pouvez enlever au choix l'un des deux derniers mots), bénéficiant d'une liberté absolue et d'un budget digne de Jerry Bruckheimer aurait enfin fait exploser son art en nous livrant le pendant des années 2000 de To live and die in L.A.. Arrive la bande-annonce sur fond de Linkin Park. Si la BA est en soi mauvaise, elle nous laisse néanmoins augurer le meilleur pour le film, et même si la musique sur la BA est d'un goût douteux, on se dit que c'est Mann et qu'il a forcément raison et que le film sera une tuerie, parce-que quand on est capable de réaliser des films aussi différents et aussi aboutis que Manhunter, Heat, Le dernier des mohicans, révélations, Ali et Collatéral il faut quand même être sacrément quelqu'un. On commence le film, le générique d'Universal apparaît, complètement silencieux et aux couleurs délavés, comme s'il se prosternait devant l'oeuvre magistrale qu'il présentait. Pas de générique, pas de texte, pas de titre, la chanson de Linkin Park arrive et le film commence brutalement, volonté évidente de Mann de donner le plus de naturel possible au film en le transformant presque en une chronique. On ne comprend rien à l'histoire, les personnages sont caricaturaux au possible, la HD et la réalisation donne mal au crâne, on s'en fout c'est Mann et on reste confiant. Mais les faits sont là et il devient de plus en plus difficile de le nier : ça sent pas bon du tout. Lorsque Foxx abandonne la mission pour je ne sais quelle raison, on ne ressent rien et on s'en fout (l'introduction du film étant très mal foutue). Et puis vient la scène des téléphones affreusement ridicule. On résiste, on lutte, on se dit que ça n'est pas possible que noooooooooooooon!!! Michael Mann ne peut pas autant sombrer dans le ridicule mais si, il le peut. Explication de la scène. Farell à gauche, Foxx à droit, shootés en plan américains avec en fond Miami, le tout sur une image à gros grain numérique (vous savez quand y a pas assez de lumière ce gros truc moche qui vient se coller à l'image... eh ben c'est pareil mais en pire). Les deux bonshommes téléphonent chacun sur le portable et...parlent à tour de rôle. Ça peut paraître un peu abstrait comme ça mais en gros c'est comme si chacun des deux acteurs attendait que l'autre ais finis sa réplique avec son interlocuteur pour à son tour dire la sienne à son propre interlocuteur (en ça faire une scène avec deux personnes téléphonant à deux personnes différentes est extrêmement casse-gueule). Le défaut est énorme et on a plus envie de pleurer que de rire. La mauvaise scène suivante ne se fait pas attendre puisqu'un indic se suicide sur l'autoroute dans un montage de plans qui fait tout sauf naturel (et on ne verra ni entendra jamais l'impact... allez savoir le pourquoi de cette décision saugrenue dans un film qui se veut « brut »). Côté réjouissance c'est vache maigre. Mis à part une exécution dans une voiture qui étonne par sa violence (avec membres qui giclent) et une sympathique scène d'avion rentrant clandestinement sur le territoire U.S., on n'a pas grand chose à se mettre sous la dent. Et ça n'est pas cette prétendue fusillade à la fin qui sauvera la donne. D'ailleurs cette fusillade atteint un certains sommet du ridicule quand Foxx roule à terre en évitant une rafale de balles, fait volte-face et abat son adversaire dans une posture héroïque (là encore le réalisme en prend un sacré coup, aurait-il oublié les merveilles qu'il a fait sur Heat ?). D'ailleurs de l'action il n'y en a jamais (excepté cette tristounette et illisible fusillade du pauvre de 5 min). En soit ce n'est pas un problème, mais quand on promet monts et merveilles en la matière ça devient gênant. On savait que le scénario ne serait pas original pour deux sous (d'ailleurs on s'en fichait pas mal tant qu'on aurait un polar bien noir et bien violent) mais de là à nous donner « ça »... C'est bien simple je n'ai même pas tenté de suivre l'intrigue (j'ai réellement l'impression d'avoir passé 2h15 de lavage de cerveau tellement ce fut éprouvant). Les personnages sont ultra-caricaturaux et leurs relations prête plutôt à sourire (qui n'a pas envie de rire lors de ce regard « furtif » entre Gong Li et Colin Farrel ? Et lorsque pour montrer qu'un personnage aime quelqu'un en secret le réalisateur a la brillante idée de proposer un zoom avant sur ses yeux qui se mouillent monté avec des images de la fille en question dansant avec quelqu'un d'autre ?) voire à l'hilarité totale. Côté mise en scène on a rarement vu plus ridicule. On veut bien que Michael Mann veuille pousser le réalisme à son maximum en montrant le plus d'aspect possible (comme le démembrement dû aux balles par exemple) mais de là à nous filmer les protagonistes en train de prendre leur douche... Pour compenser l'absence totale de lyrisme dans son récit Mann s'amuse à filmer au maximum tous les véhicules du film, aussi inutile que ce soit. Ainsi on a droit à de longs plans totalement gratuits sur la ferrari, l'avion ou encore le hors-bord (lui il gagne le pompom même si théoriquement ces plans sont justifiés par la romance). Passons à ce qui fait l'une des marques de fabrique de Mann, à savoir le côté visuel de ses films. Loin d'être un Ridley Scott bis en tentant de de magnifier chaque image (les influences ne sont pas les mêmes aussi), Michael Mann a toujours soigner la photo de ses films en s'en servant pour traduire l'émotion du film (les couleurs changeant en fonction des émotions et des scènes (rouge pour la tension, bleu pour la romance (ou le romantisme), etc.). Michael Mann l'a assez répété, il a tourné son film entièrement en HD (il en est fier le bougre) pour, sois-disant, « palper la nuit » (ou quelque chose comme ça). A l'écran ça veut dire une grosse tambouille visuelle (sur un très grand écran le résultat donne presque la gerbe) avec des flous immondes dès que la caméra ou les personnages bougent d'un millimètre (et comme le sieur Mann a adopté un style documentaire avec caméra à l'épaule, ça bouge beaucoup). En plus, Mann a la brillante idée de filmer majoritairement en longue focale (c'est à dire que toute la profondeur n'est pas nette, l'exemple type étant un gars flou en avant-plan parlant à un gars net au second plan avec l'arrière-plan baignant dans des lumières, floues elles aussi) et comme si ça n'était pas assez la consigne à son chef-op' semble avoir été « surtout tu prends bien ton temps pour faire la mise au point », probablement pour accentuer le côté documentaire (comme dans The Blade), ce qui fait que déjà avec la HD tout est flou, mais en plus avec ça on peut être sûr de rien comprendre à l'image. Mann semble d'ailleurs se complaire dans tous ces défauts tant il ne fait rien pour les enlever. Niveau couleurs c'est affolant de mocheté, même si on finit par retenir trois-quatre plans qui passent un peu mieux que les autres (c'est maigre... dans Collateral on décelait trois-quatre plans qui passaient pas et tout le reste bien... ). Côté interprétation c'est pas Bysance, mais vu la nullité affolante de la VF (hé oui, tout le monde n'a pas la chance de voir les blockbuster en VO) j'éviterais de me prononcer. Petit mot sur le budget du film. Prévu d'abord à 125M$ il gonflera ensuite jusqu'à 200M$ (gloups!), eh ben on se demande bien où ils sont passés ces dollars ! C'est d'autant plus regrettables que certains effets passent très mal, comme lorsqu'une flic tire sur la tête de quelqu'un, et que pour toute preuve visuelle de l'impact on nous donne un pauvre nuage de sang en numérique que n'importe quel amateur en effet spéciaux pourrait faire chez lui tout seul dans son coin. Aucun impact sur la tête et pas de sang au sol, des fois y en a qu'on aimerait taper tellement ils ratent leurs films. Evidemment comment ne pas tenter de se dire que peut-être le tournage catastrophique du film (dépassement de budget énorme, plus d'une centaine de membres de l'équipes qui démissionnent, la costumière de Farrel qui est gravement blessée à la mâchoire lors d'une scène filmée sur un hors-bord, un agresseur qui se retrouve à l'hôpital, blessé par balle, Foxx qui joue les diva, Farrel et ses problèmes de drogues qui fait une overdose et part en cure de désintox et le plateau ravagé par trois ouragans font que quelque part on éprouve un petit peu de sympathie pour Mann qui avait là le mauvais projet. Il n'en reste pas moins que Miami Vice est (pour moi en tout cas) un film pourri dont il ne reste absolument rien à sauver, et ça me fait pas plaisir d'écrire ça.